
Nous sommes arrivés par un matin glacial dans une étonnante ville aux teintes olivâtres. Les toits des maisons, quasiment tous surmontés de petits clochetons en forme d’ogive, paraissaient démesurément grands. Les rues pavées d’immenses dalles de pierre beige imposaient le respect par leur largeur. Des stalactites retombaient en cascade de certaines fenêtres, créant des sculptures féeriques….surprenantes décorations créées pas l’hiver précoce.
Nous avancions dans une des artères de cette cité, alors que nous ne croisions pas âme qui vive !
Notre armée ne sait pas être silencieuse ! Nos semelles épaisses, et notre armement ne passent pas inaperçus !
Nous guettions les moindres recoins du haut des maisons où un tireur embusqué pouvait se dissimuler.
Mais, rien, ni personne !
Nous avons alors débouché sur une vaste place au tracé octogonal. La voie se terminait quant à elle par un cul de sac. Là, se trouvait massée une foule importante.
Un étrange équipage nous barrait le chemin, formé par un large char somptueusement orné d’or fin, conduit par quatre cochers tenant en rêne deux animaux fabuleux à l’allure redoutable.
Un homme, vêtu de pourpre et ceint d’une couronne, se tenait debout sur cet attelage.
Dès que notre colonne s’est stabilisée, il a pris la parole :
« Hommes de la grande faille, je suis Faentel, Gouverneur des Kamchi !
Jusque là votre déplacement s’est avéré pacifique ! J’attends les explications de la présence de votre armée dans notre royaume. Notre armement est mille fois plus sophistiqué que le vôtre, et à la moindre initiative belliqueuse nous vous réduirons en poussière, n’en doutez pas ! »
La réputation de peuple savant des Kamchi n’était plus à faire, et une évidence même dans notre lointain pays. Il ne s’agissait pas de jouer aux plus malins avec une espèce télépathe de surcroît !
Notre chef a déposé ses armes à terre en signe de soumission, et a déclaré à son tour :
« Comme vous le savez très certainement, nous vivons très au nord, proche de la grande faille polaire. Depuis plusieurs années le climat s’est détérioré, l’hiver arrivant de plus en plus rapidement, et nous n’avons plus assez de temps pour les récoltes d’été indispensables à notre survie. Nous sommes venus quémander l’aide de vos scientifiques afin de nous permettre d’aménager un système artificiel de prolongation de la douce saison.
Nous n’avons pas grand-chose à vous proposer en échange, mais personne n’aurait rien à gagner dans l’équilibre des territoires si un peuple aussi nombreux que le nôtre ne pouvait plus rester dans ses limites, mais devait s’adapter par la force des choses, et devenir nomade.
Par contre, si vous acceptez de nous soutenir, nous pouvons, dans l’immédiat, être une main d’œuvre efficace et laborieuse affectée aux travaux pénibles de votre cité, car nous avons entendu dire que votre espèce est plus fragile physiquement que la nôtre. »
Faentel a alors repris la parole :
« Je vois que votre demande est plus que sérieuse, et très légitimement argumentée. Je vous propose de venir avec moi la présenter devant l’aréopage qui siège dans le bâtiment derrière nous.
Votre armée reste durant ce temps sous notre surveillance. Nous l’avons entourée d’un champ de force. Mais nous allons faire parvenir à vos hommes de quoi se restaurer. »
A ces mots, nous avons réalisé que nous avions peut-être quelque chance de survie, pour nous et notre peuple !
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(texte écrit pour le thème hebdomadaire des Impromptus, © crédit photo : L'Arpenteur des Etoiles)