lundi 21 mars 2011

Vietnam

© crédit photo Ice Man

Et le chapeau à l’envers, dis
Ferait-il une barque
Et si on se serrait un peu plus, dis
Y aurait-il de la place

Se faire tout petit
Sans qu’on nous remarque
Deux simples confettis
Dans une frêle barcasse

On va loin ainsi
Sans qu’on nous débarque
Tout est bien ici
Rien ne nous tracasse

Juste un peu de riz
Quelque soit la marque
Pas un seul cri
La vie nous veut tenaces

(texte écrit pour le thème hebdomadaire des Impromptus)

lundi 21 février 2011

Derrière les apparences

(© crédit photo L'Arpenteur d'étoiles)
(texte écrit pour le thème hebdomadaire des Impromptus)

Il ne faut pas se fier aux apparences
Mais juste suivre la fulgurance
Qui nous ferait vivre dans la transparence
D’une éphémère danse

Plonger dans nos eaux boueuses
A la recherche de notre moi noueux
Trouver l’être amphibie
Hybride qui un jour a fait émerger la vie

Tendre la main vers ce grouillant coloré
Eaux et ciel mêlés
Avant d’être séparés
Dans nos différentes individualités

Je suis la cavité creuse
Créée dans un terrain argileux
La vasque est large de mes envies
Aspiration d’envol et d’infini

Je suis mer poissonneuse
Mais aussi mère porteuse
De possibles émergences
De mille brillances

C’est avec le deux
Que ciel et terre s’ensemencent
Eternel jeu
Qui sans cesse recommence

mercredi 16 février 2011

Histoire rimée de mon arrière arrière grand-père paternel

(La Chapelle en Valgaudemar dans les Hautes Alpes)

Je suis le vieil enfant de ces Alpes altières
Où l'agile chamois bondit
Où plane le vautour aux allures si fières
Où la marmotte s'engourdit
Où le mouton paît l'herbe fine
L'agneau broute le serpolet
L'abeille activement butine
Parmi le thym et le muguet

Je suis aussi l'enfant de ces plaines divines
Qui s'étendent en tapis verts
Au fond du grand vallon qu'entourent ces collines
Et ces monts de frimas couverts
D'où descendent en nappes blanches
Vingt torrents aux bruyantes eaux
Et les neiges en avalanches
Terreur sublime des hameaux

Je suis aussi l'enfant du village
Au nom bénit de Chaussendens
Qui me donna le jour qui vit de mon jeune âge
Couler joyeux les doux printemps
Cueillir verte encore la groseille
Parmi l'épineux groseillier
Dans les bois la fraise vermeille
L'airelle parmi l'airellier

Oyez mon petit fils et dans votre mémoire
Faites entrer profondément
En la lisant souvent la poétique histoire
De votre grand père Vincent
Elle prend à sa naissance
Le fait cheminer pas à pas
Du guide paisible de l'enfance
Jusque en gare du trépas

Notre siècle comptait sa quatorzième année
Mai comptait son neuvième jour
A neuf heure du soir quand pour moi fut sonnée
L'heure d'exister à mon tour
C'est à l'abri d'un chaume agreste
Loin de la pompe et des grandeurs
Dans les plis d'un lange modeste
Que j'ai versé mes premiers pleurs
Porté dans le lieu saint l'eau sainte du Baptême
Sur mon front coula saintement
Et du signe sacré des enfants de Dieu même
Me marqua indélébilement
Sous le nom d'un saint admirable
De Vincent glorieux martyr
Que la mort la plus effroyable
A Sarragosse on vit souffrir

Sur mon humble berceau pour seconder ma mère
Le ciel de l'enfant protecteur
Fit veiller jour et nuit son ange tutélaire
Pour en éloigner le malheur
Sous cette double garantie
L'oeil de la terre et l'oeil du Ciel
J'ai sain et sauf fourni ma vie
Dans l'ordre providentiel

Plein de simplicité de bonnes moeurs et vie
Peu fortunés mais plein d'honneur
Mes bons parents étaient de la catégorie
Dont le pain vient par le labeur
Le soleil qui annonce l'aurore
Fréquemment au lit les prenait
Souvent le crépuscule encore
Au travail debout les trouvait

Mon bon père François d'une haute stature
Maigre sec l'oeil intelligent
Portait culotte courte et courte chevelure
Cheminait d'un pas diligent
La profession ordinaire
Etait conducteur de troupeaux
Il cultivait aussi la terre
Variant ainsi ses travaux

Ma bonne mère était Marie Magdeleine
Du nom de famille Tempier
Active elle filait et le chanvre et la laine
Chaque jour de l'hiver entier
Entre temps faisait son ménage
Sur le feu mettait pour régal
Trois fois par jour un grand potage
Seul met de son repas frugal

Cette mère pour moi si pleine de tendresse
Profondément mit dans mon coeur
La crainte du Seigneur principe de sagesse
L'amour du bien du mal l'horreur
Elle m'inculqua la prière
Que je faisais soir et matin
Commençant par le Notre Père
Non en français mais en latin

C'est ainsi qu'au Bon Dieu pauvre enfant du Village
N'étant encore qu'un marmiton
Le matin et le soir je tenais le langage
Qu'à Rome parlait Cicéron
Avec beaucoup moins d'éloquence
Beaucoup plus de simplicité
Faisant preuve non de science
Mais preuve de docilité

Je fus jusqu'à sept ans sans en avoir de honte
Costumé de telle façon
Qu'on pouvait aisément faire erreur sur mon compte
Me croire fille étant garçon
En effet je portais la robe
Signe de non virilité
Qui trompe l'oeil et lui dérobe
Innocement la vérité

Le tailleur vient enfin me tailler une culotte
Un haut le corps et un gilet
Je les vets aussitôt et moins haut qu'une botte
Je me crois grand dans mon complet
Ne craignant plus que l'on me gronde
Bien et dûment empaqueté
Contre l'aiguillon de la bronde
Je me trouvais en sûreté

A huit ans on me mit à l'école primaire
Ouverte l'hiver seulement
J'en suivis les leçons du cours abécédaire
En main mon petit rudiment
Ce livre au coût de cinq centimes
Simple alphabet ou Croix de Dieu
Recueil de prières latines
De tout classique me tint lieu

Sans être surmené promptement je sus lire
Lettre de forme et manuscrit
La plume dans mes mains bien vite sut écrire
En gros en moyen en petit
Du calcul il en fut de même
J'appris assez facilement
Le mécanisme d'un problème
Mais sans aucun raisonnement
Entre temps j'apprenais en bon catholique
A l'envie des plus grands garçons
Et des filles aussi pour les mettre en pratique
Du catéchisme les leçons
Nous le faisant chaque dimanche
Avant les Vêpres au Saint lieu
Cheveux en neige et barbe blanche
Réciter le prêtre de Dieu

Suffisament instruit l'an quize de ma vie
Je fus admis au grand bonheur
Pour la première fois sous une blanche hostie
De recevoir Dieu dans mon coeur
Je fis cette action si belle
Ma première communion
Un jour de fête solennelle
Le Saint jour de l'Assomption

Mes convives garçons au banquet de la fête
Bien compté au nombre de cinq
Furent quatre Joseph deux étaient de Navette
Joseph Barrat, Joseph Penning
Un Joseph du lieu le plus proche
De Joseline mont sourcilleux
Joseph Coucou qui sonnait la cloche
Et Joseph Pierre des Andrieux

Dès lors j'étudiais d'une façon classique
La langue qu'empruntait à l'autel
En blanc habit de lin le prêtre catholique
Offrant le pain à l'Eternel
Chez le curé de la paroisse
Qui me corrigeait mon devoir
Pendant deux ans je fus en classe
Tous les jours matin et soir

Je traduisis d'abord le facile Epitoune
Le de Viris illustribus
Qu'on traduit en français par quatre hommes de Rome
En tête plaçant Romullus
Je traduisis bien moins facile
Célèbre dans l'art d'Apollon
Le savant poète Virgile
Chantre d'Enée et d'Ilion

Sans avoir du stentor la voix retentissante
Ni le gosier du Rossignol
Je chantais du plein chant la note concordante
Le juste Do, ré, mi, fa, sol
En pleine église avec les hommes
Je chantais de ma voix d'enfant
A pleins poumons hymnes et psaumes
Et les réponds du célébrant

Quand le curé manquait je faisais le Vicaire
Il m'est arrivé maintes fois
A l'église d'avoir le soir fait la prière
Et la lecture à haute voix
Si je ne disais pas la messe
Je la servais pieusement
A l'action joignant adresse
Et respect dans le mouvement

Entre temps je tressais des paniers chose utile
Pour le ménage et la maison
Il me tenait à coeur de me montrer habile
En plus d'un genre de façon
Je tressais aussi la corbeille
Mon orgueil étant satisfait
Même si ne faisant pas merveille
D'entendre dire c'est bien fait

C'est de cette façon qu'au lieu de ma naissance
Dans les vieux murs de Chaussendens
S'écoulèrent mes jours depuis ma tendre enfance
Jusqu'à l'âge de vingt ans
Alors d'un seul genre de vie
Le choix s'imposait de rigueur
L'école pour moi fut choisie
Et je me fis instituteur


Obligé d'obtenir la sanction légale
Pour l'état dont j'avais fait choix à Gap
Je fus un an à l'école normale
En suivre les cours de deux mois
L'an qui suivit j'y fit un stage
De cinq autres mois au complet
Puis subit l'examen d'usage
Je m'en vins portant mon brevet

Nanti de mon brevet et vingt francs dans la bourse
Quatre chemises dans mon sac
De mon pays natal je dirigeais ma course
Dans le sens du courant du Drac
Ne cherchant ni trésor ni gloire
Mais l'aliment de chaque jour
Au pays baigné par la Loire
Je vins implanter mon séjour
Dans ce lointain pays s'ouvre définitive
A mon zèle à mon dévouement
La longue mission quoique peu lucrative
Du populaire enseignement
Je fis une guerre intéressante
Une guerre de cinquante ans
A l'hydre toujours renaissante
De l'ignorance des enfants

Pour amener un peu de charme dans ma vie
Selon les voeux du créateur
Dans les noeuds de l'hymen j'obtins la compagnie
La main d'une fille d'honneur
Elle devint ainsi ma femme
Chair de ma chair os de mes os
Mon égale de corps et d'âme
La compagne de mon repos

Le ciel voulant pour nous continuer le monde
Fit sur notre intime union
Couler abondamment pour la rendre féconde
Des grâces et bénédictions
Neuf fois ma femme devint mère
Elle me rendit à mon tour
Le même nombre de fois père
D'autant d'enfants de notre amour

Nous avons dû cueillir assurément des roses
D'épines nombreuses aussi
L'art de prendre toujours du bon côté les choses
Nous rendit douces celles ci
Dans le ciel de notre ménage
Toujours pur du matin au soir
Jamais gros ni petit nuage
Ne se traduisit en point noir

Ainsi nous parvenons à la belle vieillesse
De bonne santé pleins encore
Puis le jour échéant en pompeuse allégresse
Nous célébrons nos noces d'or
Nous entourait une phalange
De grands et de petits enfants
Joyeux et gracieux mélange
D'âge et de sexe différents

Pendant que dans les airs lançaient toutes les cloches
Joyeusement leurs carillons
En bon ordre rangés tous en habit de noce
Dans le lieu saint nous nous rendons
Tous avec souriante mine les maris leurs femmes aux bras
Chaque cousin une cousine cheminent tous d'un même pas
Nous franchissons le seuil des voûtes sévères
Nous pénétrons respectueux
Jusques au saint des saints aux places préparées
Fauteuil d'aspect somptueux
Trois prêtres en longues tuniques
D'une éblouissante blancheur
Sous de superbes dalmatiques
Nous font réception d'honneur

Après l'oblation d'une messe pompeuse
Du lieu saint nous nous retirons
Vers le lieu du départ procession joyeuse
De même en rang nous nous rendons
C'est à l'hôtel de la mairie
Dans un convenable milieu
Le salon de cérémonie que notre banquet aura lieu
Nous prenons place autour d'une élégante table
Grandiose de dimension
Où fumait le menu d'un repas confortable
Cuit à point pour l'occasion
Coule le Bourgogne ordinaire
Ensuite le vieux Beaujolais
Puis le vin extraordinaire
Le champagne nectar français

Tous les cerveaux planant aux sphères de la gloire
Les gosiers se mettent en train
Chacun chante à son tour pris dans son répertoire
Une chanson et son refrain
On applaudit et tout le monde
Clame qu'il a fort bien chanté
On porte le verre à la ronde et on le vide à sa santé

A peine les gosiers achèvent-ils leur rôle
Que les jambes en mouvement
De mimique façon n'ayant pas la parole
Témoignent leur contentement
Les pieds remuent en cadence
Au son du fifre et du violon
Modulent une courte danse
Ou tricotent un rigodon

La nuit la seule nuit à cette belle fête
Met une nécessaire fin
Tout à coup interrompt les jeux et les arrête
Au minimum de leur entrain
Le ciel qui sagement dispose les jours les heures et les moments
Veut une fin à toute chose
Une trêve aux délassements

Mon histoire prend fin car à la gare extrême
Je suis en stationnement
Jusqu'au coup de sifflet du conducteur suprême
Pour le dernier embarquement
Non sur une ligne ferrée mais dans la malle des transports

D'une forme oblongue et carrée
Qui nous voiture chez les morts
Ne tombons pas dans la noire tristesse
Ce qui descend dans le tombeau
C'est l'infime limon dont Dieu dans sa sagesse
Nous a pétris avec de l'eau
Notre âme d'essence divine
Souffle impérissable immortel
De son aile légère et fine
S'envolera vers l'Eternel

Vincent (1814-1896)

lundi 31 janvier 2011

La raison des limites


A la limite de la raison
J’ai raison de mettre des limites
A mon désordre à foison
Avant que mon tout ne se délite

C’est une drôle de saison
Qui me voit envahie par les mythes
Comme autant de trèfles sur un gazon
Je me sens déconfite

Je délaisse ma maison
Pour devenir chercheur de pépites
J’arpente les frondaisons
Répétant toujours les mêmes rites

Mais j’ai perdu le diapason
Depuis j’erre en pleine faillite
J’implore la guérison
Afin que jamais mon âme ne périclite


(texte écrit pour la consigne hebdomadaire des Impromptus, la photo est issue du site "Un titre" vu chez GBalland)

lundi 4 octobre 2010

Le Pilat


Ah, le Pilat de mon enfance....
Oui, c'est le Crêt de la Perdrix, avec son aperçue sur la chaîne des Alpes, par beau temps. Et le col de la République pour lequel il faut avoir de fameux mollets avant de s’y risquer à vélo. Et enfin les coursières aux sorties de la ville de Saint Etienne pour se retrouver très rapidement sur les hauteurs, prêt à arpenter les immenses bois de sapins.

Mais c'est surtout un petit coin, un havre de paix !
Bien avant Bourg Argental, qui s’enorgueillit d’être la Porte du Soleil (car c’est déjà le versant sud, plus riant, qui lorgne vers la vallée du Rhône), il y a cet endroit, que je m’étais appropriée du haut de mes quelques années, situé entre Graix et Colombier (deux petits villages de moyenne montagne proche de Saint Julien Molin Molette), au lieu dit « Le Puy de Luzina ».
Presque chaque dimanche, à la belle saison, je retrouvais son chemin de noisetiers, ses framboises, et ses mûres à foison. Maman n’avait pas son pareil pour dénicher les fraises des bois, cachées sous leurs feuilles, et les champignons de toute nature. Les mousserons glanés dans le pré étaient, le soir même, fricassés dans une omelette délicieuse.
C’était aussi le serpolet qu'on ramassait pour la tisane, et les babets (1) afin d’alimenter le poêle de la grand-mère.
Je m'étais inventée un monde à partir du bosquet d’arbres isolé en plein milieu du pré : c'était mon île, et j'étais Robinson naufragé survivant dans un océan de verdure ! Je pouvais y passer des heures entières, malgré l’odeur très entêtante des genêts dans la touffeur des jours d’été...

Nostalgie d'un petit coin dans ma mémoire qui sent bon le serpolet et les girolles. Où l’on faisait griller du lard sur des brochettes confectionnées dans du bois de genêt...Où j’ai découvert que le « fayard, (2) ça ne vaut rien ! » (dixit le paysan du cru).

L’odeur puissante et rassurante des sapins, je la retrouve aujourd’hui, même à des centaines de kilomètres, en fermant les yeux. Effet aussi magique que la lampe d’Aladin, qui me transporte dans ce lieu exact, hors du temps, dans cet endroit préservé, inaltérable, bien au chaud à l’intérieur de mon être.

(1) pommes de pin, en patois stéphanois à forte consonance occitane (appelé communément « Le gaga stéphanois »)
(2) franco-provençal, du latin fagus (hêtre)
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(Ce texte est écrit pour le thème hebdomadaire des Impromptus)

lundi 27 septembre 2010

Les tennis

(© crédit photo Danalyia)

Elle s’était délestée de ses chaussures de toile, et s’était avancée pieds nus sur la surface immaculée. Tout lui semblait si incroyable, à la limite du réel ! Cette blancheur la fascinait comme une étendue saline sèche, comme un désert lunaire, comme l’aube des premiers jours…..
Cependant le contact rêche irritait sa peau, peu habituée à se mouvoir sans la protection des semelles. Elle se sentait si malhabile, si engoncée dans ses habitudes de citadine. Elle qui rêvait d’aventure au grand air, d’exotisme, elle en était pour ses frais de se trouver si maladroite, surtout en Normandie. On ne pouvait évidemment pas parler d’un grand dépaysement par rapport à Paris, pas de décalage horaire à subir, pas de feuilles de coca à mâcher pour lutter contre le mal de l’altitude, pas d’animal sacrifié en l’honneur de la Pachamama….

Non, c’est son imaginaire qui se faisait la part belle !
Elle se retrouvait dans la peau de la petite fille d’autrefois qui s’invente des mondes, et des îles de pirates au moindre bosquet d’arbres rencontré.
C’était ce même cœur d’enfant qui, aujourd’hui, lui faisait croire qu’elle évoluait sur l’Altiplano, en Bolivie, à la rencontre des indiens Chipayas. Elle se refaisait le film de la dernière émission captivante de télé dont elle s’était délectée, consacrée à un de ces peuples survivants improbables, tant les milieux naturels où ils évoluent semblent hostiles. Elle aurait tant aimé, elle aussi, laver l’eau pour la dessaler, et tenter d’attraper un flamand rose avec un lance-pierre. Et puis, naviguer ensuite sur le lac mythique Titicaca….

Mais le : « Bon, tu t’ramènes pour le pique-nique ou tu as décidé de jeûner ! », lancé d’une voix forte par son compagnon, la fit chuter littéralement de 4000 mètres.
Dépitée, elle s’en alla manger ses chips bolo.
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(texte écrit pour le thème hebdomadaire des Impromptus)

samedi 22 mai 2010

Le vin

Il est un vin que je ne peux boire encore aujourd’hui sans marcher sur ses terres, sans m’approcher des dentelles calcaires qui l’ombragent, sans porter loin mon regard sur la plaine du Comtat. L’éloignement physique n’interfère pas sur la magie qui opère : je me baisse vers ce sol rocailleux, calcaire, qui a vu s’enraciner puissamment ces ceps courts et noueux, et je sens le rayonnement solaire monter en moi.
J’aimerais avoir cette constance, et plonger mes racines profondément dans cette terre des Baronnies. Faire à tout jamais partie de ce mont admirable, le bien nommé « Montmirail ». Je deviendrais Tour Sarrasine, je me ferais berger de vigne, et m’emplirais de joie et d’allégresse (origine du nom Gigondas).

Bien que trop éloignée de cette province qui me manque, il me prend à rêver :

Mouvèdre roule dans ma gorge, alors que la Syrah fait onduler mes hanches, Grenache noir semble être une corneille plongeant du haut de la pierre immémoriale et grappillant de ça et là les grappes gorgées de sucre. Je foule aux pieds la récolte dans une bacchanale salvatrice. Enivrée des vapeurs qui montent de la cuve, je suis alors prêtresse d’un rite sacré et antique, en hommage à la terre qui me porte.

(ce texte a été écrit pour le thème hebdomadaire des Impromptus)