mercredi 3 février 2010

Publié !

Guillaume Vissac est un jeune auteur dont je vous parle régulièrement (j'avais déjà fait un billet sur le blog de Tisseuse afin de présenter "Qu'est-ce qu'un logement", mais à ce moment là son pseudo était Menear).

Il est à présent publié pour deux parutions sur Publie.net, avec une très bonne présentation de François Bon !
extrait :
"publie.net accueille simultanément deux textes de Guillaume Vissac, d’une part parce qu’il y a longtemps que je suis sa démarche d’auteur, ainsi que son blog, et qu’on perçoit intuitivement quand l’écriture catalyse, qu’elle déborde son auteur pour constituer son propre paysage, un territoire d’exploration. D’autre part, parce qu’il y a une profonde affinité entre ces deux séries fonctionnant chacune de façon récurrente, mais avec deux façons différentes d’ancrage dans le réel : pourtant c’est bien ce basculement du monde ordinaire qui constitue notre expérience de lecteur, le renversement auquel il procède dans ce qui est de toute façon le lieu commun, le plus ordinaire de l’expérience de la ville. "


Difficile de vous présenter l'écriture de Guillaume, jeune auteur assez inclassable (mais je ne suis probablement pas objective car il s'agit d'un de mes neveux).... il a un univers très particulier et une recherche sur l'écriture originale et innovante. Parfois dérangeant dans sa recherche d'introspection sur nos mondes du quotidien et sur nos angoisses intérieures, il a un souci quasi chirurgical de la phrase.

(Les deux textes "Qu'est-ce qu'un logement" et "Livre des peurs primaires" sont téléchargeables à partir du site Publie.net, 5.50€ par fichier, lecture possible sur PDF, liseuse ebook ou directement en ligne).

(Il a aussi des textes parus dans la revue Cyclocosmia.)

lundi 11 janvier 2010

Les nuages couraient



Les nuages couraient sur la lune enflammée
Des cris montaient au loin du ghetto calciné
La horde était passée et n’avait rien laissé
Ni hommes, ni femmes, ni enfants pour pleurer

Dans un élan plus que bestial et trop humain
Ils les avaient jetés à poignées dans des trains
Sans aucun remord ainsi de les condamner
Plus qu’innocents ils les avaient tous sacrifiés

Il est facile de crier avec les loups
Se croire invincible dans la meute des fous
Mais comment se lever et tenir malgré tout
Marcher droit sans défaillir et rester debout

Comment restaurer ce qui a été avili
Pouvoir réparer ce qui a été détruit
Gardons mauvaise conscience des actes inscrits
Soyons en sûrs nous en sommes pétris aussi

(écrit pour le thème des Impromptus, photo du ghetto de Varsovie)

mercredi 6 janvier 2010

Rêve d'enfant


Envie d’absolu
Rester là-haut dans les nues
Loin de la cohue
Des rues

Dans l’immaculé
L’espace inespéré
D’une blancheur née
Saupoudrée

Je survole les cimes
D’un infime
Coup d’aile
Surnaturel

Oh mon rêve blanc
Rêve d’enfant
D’un mont géant
Dessiné majestueusement
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(Mont Blanc : photo prise le 26/12/09 du haut de l'Aiguille du Midi à 3842 m)

mercredi 2 décembre 2009

La lettre


La chair de poule…la chair de poule...

Une missive venant du passé, du fond des mers, écrite par un futur mort, à sa mère, ma grand-mère…ma pauvre Maria….une lettre qui ressurgit aujourd’hui des malles perdues du Titanic.
Une lettre bien évidemment qu’elle ne lira jamais, puisqu’elle s’est éteinte en 1948.
Je suis moi-même bien vieille et tremblante aujourd’hui, proche de mes 90 ans.
Ce frère disparu, cette belle-sœur et ses neveux, ont hanté ma mère dans ses cauchemars. Elle n’a jamais accepté de prendre ni bateau ni avion du fait de cette catastrophe, et nous étions reclus dans le sud-ouest de la France, alors que la famille avait fini par s’installer là, afin de fuir l’Espagne.
J’ai moi-même très souvent craint l’engloutissement alors que j’étouffais sous les crises d’asthme.

Pourquoi cette lettre me revient-elle aujourd’hui ?
A quelle fin ? Par quel incroyable pied de nez du destin ?
Juste la transmettre à mon fils…pour l’histoire familiale....et puis…parce que je l’ai appelé Fernand, afin de faire plaisir à ma grand-mère…
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(Texte écrit pour le thème hebdomadaire des Impromptus, librement inspiré par la scénographie de la compagnie Royal de Luxe : "Le scaphandrier et la petite géante". Il est possible de cliquer sur la photo afin de l'agrandir et de pouvoir lire la lettre)

mercredi 25 novembre 2009

Au pupitre, le chef d'orchestre

Au pupitre, le chef d’orchestre releva la tête, mais ses yeux restaient fermés. Il respirait le silence préalable à toute œuvre. Son intuition était là, pour la place de chacun des musiciens de sa formation. Il savait que tous étaient suspendus au geste rituel qui lancerait l’ouverture, qui les déchargeraient de cette tension palpable d’avant l’évènement, d’avant l’action, d’avant le bras le corps avec la musique.
Il lança ses deux bras en avant, et les premières notes sonnèrent. Puis tout s’enchaîna : le tempo, la virtuosité, le cœur du compositeur, même, vibrant dans la salle.
Des larmes au coin des yeux, le chef d’orchestre ému, secoué, n’entendit pas les applaudissements….
…..

Mais une petite voix inquiète : « Papa, ça ne va pas ? »
« Si, si …mais c’est beau…. »
…..

Mon père vivait toujours la musique qu’il écoutait à la radio, comme si lui-même était au pupitre !

(texte écrit le 2/04/2007 pour le thème des Impromptus, l’illustration est une œuvre de Albert Neel)

vendredi 13 novembre 2009

L'homme seul


Il avait pris l’habitude de se cacher, de dissimuler son mal être derrière de grands airs pédants et supérieurs.
Qu’avait-il à y gagner…à part d’être tenu à l’écart de tous.
Qu’avait-il à y trouver…à part un surcroît de solitude.
La suprématie intellectuelle s’accommode mal d’une timidité excessive.

Si peu aimé, si mal aimé, si peu aimable, si mal aimable…à part de quelques amis un peu trop abruptes… être-épave de trop de tempêtes, la bouteille restant son seul port d’attache…
Faiseur de beaux discours, nègre exploité en politique, méprisé par ses employeurs, tâcheron saisonnier au gré des campagnes électorales, il affûte sa plume et la trempe dans son vin.
Ses illusions, il les a bues depuis longtemps, jusqu’à la lie.
Il ne lui reste plus qu’un goût amer en bouche…et dans la tête.
Son ultime provocation c’est d’être connu, à défaut d’être reconnu.
« Je bois, et je suis gras...et si je vous dérange ainsi, c’est encore mieux…car je ne sais pas prendre de place autrement ! » pourrait-il éructer à la face des autres, de tous les autres…ceux qu’ils dégoûtent…ou ceux qui voudraient l’aider à changer, « pour son bien ! »
Mais, lui, ne veut pas changer…il aimerait être accepter comme il est : orgueil ultime de vouloir faire supporter aux autres tant de défauts !

Le sourire est triste, mais bravade.
L’homme assume tant bien que mal qui il est.
Jusqu’au bout !
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(texte écrit le 15/10/2007 pour le thème des Impromptus : "Le faiseur de beaux discours")

lundi 9 novembre 2009

Un étrange équipage


Nous sommes arrivés par un matin glacial dans une étonnante ville aux teintes olivâtres. Les toits des maisons, quasiment tous surmontés de petits clochetons en forme d’ogive, paraissaient démesurément grands. Les rues pavées d’immenses dalles de pierre beige imposaient le respect par leur largeur. Des stalactites retombaient en cascade de certaines fenêtres, créant des sculptures féeriques….surprenantes décorations créées pas l’hiver précoce.
Nous avancions dans une des artères de cette cité, alors que nous ne croisions pas âme qui vive !
Notre armée ne sait pas être silencieuse ! Nos semelles épaisses, et notre armement ne passent pas inaperçus !
Nous guettions les moindres recoins du haut des maisons où un tireur embusqué pouvait se dissimuler.
Mais, rien, ni personne !

Nous avons alors débouché sur une vaste place au tracé octogonal. La voie se terminait quant à elle par un cul de sac. Là, se trouvait massée une foule importante.
Un étrange équipage nous barrait le chemin, formé par un large char somptueusement orné d’or fin, conduit par quatre cochers tenant en rêne deux animaux fabuleux à l’allure redoutable.
Un homme, vêtu de pourpre et ceint d’une couronne, se tenait debout sur cet attelage.
Dès que notre colonne s’est stabilisée, il a pris la parole :

« Hommes de la grande faille, je suis Faentel, Gouverneur des Kamchi !
Jusque là votre déplacement s’est avéré pacifique ! J’attends les explications de la présence de votre armée dans notre royaume. Notre armement est mille fois plus sophistiqué que le vôtre, et à la moindre initiative belliqueuse nous vous réduirons en poussière, n’en doutez pas ! »

La réputation de peuple savant des Kamchi n’était plus à faire, et une évidence même dans notre lointain pays. Il ne s’agissait pas de jouer aux plus malins avec une espèce télépathe de surcroît !
Notre chef a déposé ses armes à terre en signe de soumission, et a déclaré à son tour :

« Comme vous le savez très certainement, nous vivons très au nord, proche de la grande faille polaire. Depuis plusieurs années le climat s’est détérioré, l’hiver arrivant de plus en plus rapidement, et nous n’avons plus assez de temps pour les récoltes d’été indispensables à notre survie. Nous sommes venus quémander l’aide de vos scientifiques afin de nous permettre d’aménager un système artificiel de prolongation de la douce saison.
Nous n’avons pas grand-chose à vous proposer en échange, mais personne n’aurait rien à gagner dans l’équilibre des territoires si un peuple aussi nombreux que le nôtre ne pouvait plus rester dans ses limites, mais devait s’adapter par la force des choses, et devenir nomade.
Par contre, si vous acceptez de nous soutenir, nous pouvons, dans l’immédiat, être une main d’œuvre efficace et laborieuse affectée aux travaux pénibles de votre cité, car nous avons entendu dire que votre espèce est plus fragile physiquement que la nôtre. »

Faentel a alors repris la parole :

« Je vois que votre demande est plus que sérieuse, et très légitimement argumentée. Je vous propose de venir avec moi la présenter devant l’aréopage qui siège dans le bâtiment derrière nous.
Votre armée reste durant ce temps sous notre surveillance. Nous l’avons entourée d’un champ de force. Mais nous allons faire parvenir à vos hommes de quoi se restaurer. »

A ces mots, nous avons réalisé que nous avions peut-être quelque chance de survie, pour nous et notre peuple !
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(texte écrit pour le thème hebdomadaire des Impromptus, © crédit photo : L'Arpenteur des Etoiles)