samedi 12 juillet 2008

Le feuilleton de l'été : La quête de la lumière

Episode 1

La semaine venait de se terminer par une idée lumineuse : j’allais trouver la source même de la lumière !
Et oui, rien que ça me direz-vous !

Cette idée me trottait dans la tête depuis la soirée du solstice d’été passée dans la forêt sombre aux alentours de Vézelay.
Drôle d’aventure que celle-ci qui me fit cheminer durant trois heures et demie aux abords de ce petit village de Bourgogne classé au patrimoine de l’Unesco.
Nous étions un petit groupe d’une vingtaine de personnes en quête d’une belle esplanade afin de pouvoir à loisir observer le ciel étoilé.
Hélas, trois fois hélas, notre guide, fourbu, et désorienté, s’était quelque peu perdu sur des chemins hasardeux, et nous avait entraînés dans une marche chaotique, sans lampe de poche au travers d’un fouillis de branches et de ronces. Seule la lueur blafarde de quelques téléphones portables nous évitait de rouler dans l’ornière.
Je marchais donc, soutenant tour à tour l’une ou l’autre de mes compagnes d’infortune probablement moins aguerries à la randonnée, et au lâcher prise. Aider par un humour forcené qui me fait délirer et dire n’importe quoi dans ce genre de circonstances surréalistes, je criais des « branches » retentissants, afin d’avertir les autres des pièges du sentier. Je jurais et chantais à tue-tête, déformant au fur et à mesure les paroles des dites chansons. Mais je me répétais au fond de moi que j’aurais été plus avisée de rester à boire d’autres bières au café du village, afin de célébrer avec force beuglements la fête de la musique plutôt que de finir ainsi d’esquinter mes baskets.
Nous avions entraperçu un magnifique lever de lune aux alentours de minuit et demi, venant faire contrepoint à l’abbatiale, superbement éclairée et campée sur sa colline dite du scorpion. Nous avions pu reconnaître Sirius et Cassiopée, mais depuis c’était la nuit noire des sous bois.
Je me remémorais mes vingt ans, et certaines inoubliables marches de nuit. Je pensais aussi qu’il s’agissait de la nuit la plus courte de l’année, et que le jour finirait donc rapidement par se lever.

J’en étais là de mes cogitations lorsque étrangement le portable se mit à sonner sur les coups de trois heures. Je décrochais, mais rien, aucun son. Fatiguée, je pensais que la batterie devait être au bout du rouleau, ou que le réseau ne captait pas sous les branchages. Un quart d’heure plus tard, cela remit ça : et toujours personne au bout du fil….
Nous venions d’apercevoir le bout du tunnel, et nous nous trouvions en vue de Vézelay lorsqu’il y eut un troisième appel.
Je commençais à trouver l’affaire déplaisante lorsqu’une des femmes du groupe se tordit la cheville, appelant toute une énergie de solidarité autour d’elle : qui la massant, qui bandant son pied, qui la tenant fermement, l’autre essayant d’appeler par téléphone un ami afin qu’il vienne au plus près avec sa voiture…..

Une fois rentrée, et après une nuit de sommeil (bien trop courte à mon goût), j’élaborais l’idée que la lumière aurait pu se générer d’elle-même, et qu’il me fallait absolument en découvrir la substance psychique.




Episode 2

Bien sûr, il me vint tout de suite à l’esprit de procéder selon l’ancien rite de nettoyage énergétique des pèlerins démarrant leur chemin pour Saint Jacques de Compostelle. En ce lendemain de solstice, et durant deux jours encore, serait visible dans l’abbatiale cet étrange parcours de lumière constitué par la réunion exacte de la configuration du soleil dans l’axe de construction de la nef et de ses neuf chapiteaux.
Mais avant cela, il me fallait débuter par le narthex précédant le tympan principal. Constitué d’un carré magique de 3 par 3, il formait une forme de labyrinthe que les pénitents devaient arpenter afin de s’alléger de toutes leurs peines. Ils pénétraient ensuite dans l’église par le petit tympan de la résurrection (situé sur la gauche), poursuivaient par toute l’allée lunaire des sombres sentiments humains, passaient devant le chœur (au cœur de l’être), afin de descendre par la droite dans la crypte consacrée aux reliques de Sainte Marie-Madeleine (premier témoin de la résurrection du Christ). Il leur fallait ensuite remonter par l’escalier de gauche, faire le tour du déambulatoire, et revenir par le côté droit (dit « solaire ») afin de franchir le petit portail de la nativité. Ils se trouvaient alors devant les portes monumentales du tympan principal où l’humain rayonne dans sa verticalité et son esprit, et empruntaient le chemin de lumière et ses neuf piliers jusqu’au chœur, afin, dans un souffle de renaissance, d’emporter la lumière avec eux jusqu’en occident.
C’est ce que je fis scrupuleusement, pensant ainsi qu’une intuition me guiderait ensuite pour progresser dans ma quête intérieure. Mais rien !

Oh bien sûr, j’admirai l’incroyable lumière de l’édifice, sa proportion parfaite, la finesse des sculptures, la subtilité des symboliques habilement enchevêtrées (entre Ancienne Egypte, Zodiaque et Christianisme). Mais je me sentais dérangée dans mon envie de recueillement par une foire indescriptible. Il se déroulait devant mes yeux une absurde querelle entre des amateurs d’exotisme leurs Da Vinci Code à la main, des photographes leurs appareils sur pied voulant capter la magie de la lumière sans une seule personne au centre de l’église (à 13 heures, idée totalement farfelue en un week-end de solstice où se bousculait autant de monde), et des religieuses gesticulant afin de réclamer le silence nécessaire à leurs prières, et dans le narthex, étrangement, un groupe d’une dizaine de personnes exécutait des mouvement de Taï Chi les yeux fermés.
Vous comprendrez que cette incroyable cacophonie venait contrarier mes projets, et me contrariait tout court.

En sortant de l’église, mon portable se mit à sonner, et je lis texto : « c’est dans l’endroit le plus sombre que se trouve la pierre de lumière, au pied du pilier qui porte ta marque », signé « la tisserande du site ».
Aucun numéro de contact pour que je puisse questionner celle qui venait de m’envoyer ce message. J’appelais alors le service client de mon opérateur de téléphonie qui m’affirma que je n’avais reçu aucun appel depuis ces dernières 24 heures.

Je fonçais aux archives de la ville afin de comprendre mieux l’histoire de ce lieu, et tombait de ma chaise lorsque je découvris que Berthe, épouse du comte Girard de Roussillon, avait été très active auprès de son époux pour l’édification d’un monastère de femmes en ce lieu au cours du neuvième siècle. Les vingt dernières années de leur vie ils s’étaient tous deux retirés du monde pour vivre dans la forêt, elle exerçant le métier de tisserande, et lui de charbonnier.

Se pouvait-il donc que, par delà le temps, le fil tissé par mes arrières grands parents tisserands se poursuive ainsi, et que je puisse en découvrir la trame ténue aujourd’hui.
Emue, je décidais alors de retourner dans la crypte sombre……



Episode 3

Mais avant cela, il me fallait approcher les lieux qu’avaient fréquenté Girard et Berthe. Et je ne pouvais manquer l’église de Saint Père (petit village situé juste au dessous de Vézelay, à quelques kilomètres à peine). Ce village agricole était le soutien logistique de la ville haute, au moment où les pèlerins venaient en telle affluence qu’il y en avait parfois 8000 accueillis dans les caves-dortoirs aménagés dans les sous sols de la ville.
Etrangeté sans pareil de trouver une église aussi imposante, et aussi travaillée dans un bourg rural en apparence très insignifiant !
L’édifice avait pu être construit grâce à l’opiniâtreté du couple, et à la collecte de fonds effectuée auprès des habitants des environs. Il recelait des trésors de symbolique peut-être encore supérieurs à ceux de l’abbatiale dominante, comme s’il y avait ce qui était donné à voir au plus grand nombre, et ce qui était plutôt réservé aux initiés.
Girard et Berthe étaient, semble-t-il, en contact avec les plus grands pairs du royaume, mais aussi avec des chercheurs, des philosophes, des cathares…….Ils sont tous deux représentés en médaillon de pierre sur l’un des piliers du narthex de l’église Saint Pierre justement, et les attributs dont ils sont dotés font irrémédiablement penser à ceux du Pape et de la Papesse dans la tradition du tarot de Marseille. Ils m’apparaissaient comme deux êtres éclairés par une recherche spirituelle forte, ayant choisi de parcourir cette voie sous une autre forme lors de leurs vingt années en forêt, au plus proche des forces telluriques et humaines.


Une fois cette visite effectuée, je retournais à l’abbatiale de Vézelay et me rendit directement dans la crypte. Chose surprenante, il n’y avait aucune lumière, mise à part celle dorée entourant les reliques de la sainte. Toutes les petites bougies disposées vers l’effigie de Marie-Madeleine étaient étrangement éteintes, comme soufflées. Entourant le lieu de prière, les piliers se trouvaient alors tous dans l’ombre. Je cherchais auprès d’un, d’un autre, puis d’un autre encore une trace, un signe, quelque chose…..Je ne voyais rien ou presque rien, et fermais les yeux afin de ressentir un peu de paix intérieure. En les rouvrant, je vis distinctement, à ma hauteur sur le pilier voisin, mes initiales gravées, semble-t-il depuis très longtemps (pour la petite histoire, ces initiales sont depuis longtemps dans la famille, puisqu’elles se trouvent quasiment à chaque génération, le plus loin que j’ai pu remonter dans le temps m’a fait trouver un ancêtre les portant, né en 1740).
M’accroupissant au pied de ce pilier, je découvris un cristal de roche enchâssé dans une croix d’or, tenu par un lien de passementerie. La pierre irradiait une faible lueur. Instinctivement je mis le bijou autour de mon cou, le cristal venait juste reposer sur mon plexus solaire, et sa brillance était à présent évidente. Mon portable sonna une nouvelle fois et je pus lire « tu es le lien, la découvreuse de mémoire, tu diffuses cette lumière là quoi qu’il arrive ».


Je n’avais certes pas découvert la source de toute lumière, mais celle de ma lumière intérieure. Et c’était une fabuleuse rencontre avec moi-même que je venais de vivre. Je sortais de la crypte, de l’église comme ragaillardie, emplie d’un sentiment d’existence comme jamais. L’astre solaire rayonnait au plein midi, et c'est ainsi que l'été devint ma saison préférée……

12 commentaires:

Anonyme a dit…

Ohhh !! Quelle aventure !! Merci Tisseuse pour cette histoire. Tu me donnes encore plus envie d'aller visiter Vézelay et sa magnifique basilique.
Superbes photos que tu nous présentes là. Bravo.
O-plus

Tisseuse a dit…

O-Plus > toi tu ferais des photos magnifiques là-bas !
moi, je n'avais pas emmené l'appareil photo afin que mon homme puisse en faire durant ce temps à la fête de l'école de "bébé lion"
j'ai pris les photos sur internet, mais c'est vraiment la lumière du solstice d'été que j'ai pu apprécier lors de mon séjour

Ondine a dit…

Un univers des plus mystifiants... J'ai hâte de découvrir la suite! :-)

wictoria a dit…

avant de partir, je viens ici t'embrasser, je ne passerai par loin de chez toi puisque je me dirige vers Noirmoutiers :)

estourelle a dit…

Une tisserande et un charbonnier ! je trouve ça très émouvant!
Quand au Taï chi je pense qu'il vaut mieux en faire en pleine nature !
A trop mélanger les genres on y perd son latin .
J'aime bien ton feuilleton !!!
J'attends la suite !! :))

Pandora a dit…

Merci pour ce 3 ème épisode en avant première. J'ai beaucoup aimé cette sorte de conte initiatique et le résultat final avec cette lumière intérieure...
Je ne sais pas s'il faut y voir un lien avec ce que tu as pu vivre à Vezelay (mais je l'aimerais assez), quoi qu'il en soit j'ai beaucoup aimé cette histoire.
Merci Tisseuse ;-)

tisseuse a dit…

Pour répondre à Pandora : beaucoup de correspondances avec ce que j'ai pu vivre à Vézelay, mais bien sûr transposées ;-)

tout l'historique, la symbolique, les descriptions et l'histoire de Girard et de Berthe sont exacts
le "cirque" indescriptible (et très pénible)dans l'église le jour même du 21 juin est malheureusement vrai aussi
le Taï Chi....
et même mes initiales gravées curieusement sur un des piliers de la crypte (alors qu'il n'y avait pas d'autres inscriptions)

pour le reste, tout n'est que transposition de mon attrait pour les minéraux, l'énergétique, le sens de la transmission.....

Estourelle a dit…

Connivence et synchronicité avec les éléments extérieurs!! surtout dans un lieu tel que Vézelay doivent apporter vraiment la paix intérieure dont tu parles, gardes ce bijou précieux tout le long du chemin! que la lumière solaire t'aide à traverser les nuits de l'hivers!!
Ton feuilleton de l'été est très très beau!!

rsylvie a dit…

beaujour
une mystérieuse histoire
dont la fin est plus qu'innattendue.
une bien belle histoire

Tisseuse a dit…

Estourelle > j'espère vraiment que tu pourras te rendre compte de toi même, un jour, à Vézelay

rsylvie > merci beaucoup ;-)
le mystère est au rendez-vous lorsqu'on sait le lire.....

Coumarine a dit…

oh! Tisseuse...
je t'ai lue à petits pas respectueux
Ce récit m'a fait immédiatement penser à ce que j'ai raconté de mon "chamane" rencontré à Orval...
c'est incroyable...
(tu me l'avais dit en commentaire, mais ce n'est que maintenant que je prends la peine de lire ce récit étrange...et que j'aime beaucoup...merci!

Tisseuse a dit…

Coumarine > à Vézelay j'ai rencontré aussi un maître des pierres énergétiques

cela me touche beaucoup toutes ces synchronicités : Vézelay, Orval....et d'autres hauts lieux de parcours initiatiques, des rencontres....
et comme je l'apprécie, à travers nos récits, nous nous rejoignons :)

merci de ta lecture !
ce texte est long, et ce n'est pas toujours si simple de prendre le temps ;-)